L’histoire du village

Concernant le nom de la commune, de nombreuses appellations se sont succédées au fil des siècles : Espre-le-Sauvaige, Helpra (1112), Eppre-le-Sauvage (1473), Appre-le-Sauvage(1473), Espre, Epe-Sauvage. Le village tire son nom de la rivière (Elpe, Helpe) qui y coule et de sa situation au sein d’un pays boisé, montueux, extrêmement pittoresque et autrefois peu habité (donc sauvage). « Sauvage » est issu du latin tardif salvaticus, altération du latin classique silvaticus, « qui vit dans les bois, sauvage », lui-même dérivé de silva, « forêt ».

Le premier habitat sur le village d’Eppe-Sauvage se situe au lieu-dit  » Linière  » à l’époque néolithique. Une villa gallo-romaine a été mise à jour en 1858 sur le même secteur.

Avec le traité de Verdun (843), le partage de l’empire carolingien entre les trois petits fils de Charlemagne octroie à Lothaire Ier, la Francie médiane qui comprend le Hainaut dont fait partie le village.

Avec le Traité de Prüm (855) qui partage la Francie médiane entre les trois fils de Lothaire I, le Hainaut est rattaché à la Lotharingie dont hérite Lothaire II.

Avec le traité de Meerssen en 870, après la mort de Lothaire II, une partie de la Lotharingie dont fait partie le Hainaut est rattachée à la Francie occidentale.

Avec le traité de Ribemont en 880, le Hainaut est rattaché à la Francie orientale qui deviendra le Saint-Empire romain germanique en 962.

Par suite des défrichements des Xème et XIème siècles, le village se développe sur les flancs des collines qui bordent les vallées de l’Helpe-Majeure et du ruisseau de Montbliart.

En 1250, un château (dénommé château de Voyaux) est construit pour défendre un gué de l’Helpe Majeure qui était un passage entre les terres du seigneur d’Avesnes, Jean I, en guerre contre les Dampierre de Flandre. En 1579, le château de Voyaux est quasiment détruit par les Français. Reconstruit en 1592, il sera incendié en 1651 par 1300 soldats du lieutenant-général Reinhold de Rosen au service du roi de France, Louix XIV. Il sera ensuite reconstruit et agrandi.

Il y avait à Eppe-Sauvage une seigneurie (arrière fief de la pairie d’Avesnes) mouvance de la pairie de Hainaut composé de deux fiefs que possédait en 1473 Thieri de Morchipont[32]. Cette seigneurie est détruite en 1651[33].

Il existait un autre fief possédé par Henri Mahieu de Maubeuge (arrière-fief de Messire Philippe de Mastain) mouvance de la pairie de Hainaut[34].

Le village faisait partie du marquisat de Trélon. Dans l’Albums de Croÿ, ce village fait partie de la terre d’Avesnes, principauté du château Porcien, marquisat de Montcornet.

 

Eppe Sauvage sur les albums de Croÿ.

Autre vue d’Eppe Sauvage sur les albums de croÿ

L’essor de l’industrie du fer.

L’essor véritable du village intervient au XVIème siècle avec le développement d’une industrie du fer qui le place au cœur d’un véritable bassin industriel le long de l’Helpe-Majeure. Concernant cette industrie, Émile Dony écrit[36] : « Il semble établi que c’est dans la partie la plus reculée de l’entre Sambre et Meuse, dans le pays de Chimay et nous pouvons ajouter le long du cours de l’Helpe Majeure jusque Liessies, que la sidérurgie belge et celle du Nord de la France trouva son berceau ». Le même auteur écrit encore : « Les industries du fer et du bois sont sœurs jumelles dans leurs débuts les plus lointains. La plus ancienne forge dans notre région remonte à la période celtique. Elle fut florissante à l’époque romaine. Elle continua pendant la période carolingienne et pendant le Moyen Âge. Celle de Liessies est déjà citée en 600 ».

En 1515, la lettre patente du seigneur des lieux, le prince Charles de Croÿ, confirme le développement de l’activité des forges. Eppe-Sauvage en possède alors quatre : le Voyaux, le Marteau, le Grignaux et Willies. Des maîtres de forges comme les Polschet suscitent la construction de riches habitations comme en témoigne encore aujourd’hui le château Voyaux sur la route de Moustier. Depuis l’avènement de Philippe II en 1556 jusqu’au traité d’Utrecht en 1715, le Hainaut est ravagé par les guerres franco-espagnoles. Ainsi Le 6 février 1651, le général Rose, commandant les troupes allemandes au service de France, ravagea Eppe Sauvage et plusieurs autres villages du Hainaut.

A la suite du traité de Nimègue en 1678, le village appartenant aux Pays-Bas est rattaché au royaume de France. Eppe Sauvage devient donc un village français.

Eppe Sauvage faisait partie des six villages du marquisat de Trélon, créé en 1625.

Au XVIIIème siècle, les Merode, seigneurs de Trélon, établissent des hauts fourneaux, modernisant les anciennes forges. Ainsi, le village se développe jusqu’à compter au milieu du XIXème siècle plus de 900 habitants. Cependant, en 1830 avec l’établissement du Royaume de Belgique, une la nouvelle frontière coupe Eppe-Sauvage d’autres centres sidérurgiques belges comme Montbliart et Rance. Son organisation administrative et économique en est modifiée. L’activité douanière devient centrale dans la vie du village. La sidérurgie décline dans la deuxième moitié du XIXème siècle au profit des hauts fourneaux de l’actuelle Wallonie. Elle est remplacée par l’élevage et l’industrie laitière.

La première guerre mondiale : 1914-1918.

Le 17 août 1914, tout au début de la guerre, des troupes françaises venant du département des Ardennes, étant passées en Belgique, rentrées en France par Baives, cantonnent dans la commune, puis repartent en Belgique, avec l’objectif de suivre la situation sur la Sambre[39]. Eppe-Sauvage se trouve en zone occupée par les troupes allemandes d’août 1914 jusqu’au 11 novembre 1918, date où le village est libéré par des troupes françaises (73e RI), jour de l’armistice.